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Des enjeux de séparation, Interview du Dr Hervé Girard, psychiatre, praticien hospitalier et chef de service en psychiatrie adulte.

Auteur : 08/11/2015 0 comments 1163 vues

Qu’est-ce que votre pratique de psychiatre praticien hospitalier vous a appris sur le fait de « faire couple », de quelle manière faut-il en tenir compte dans les prises en charge ?

Il me semble que d’une certaine façon il faut toujours en tenir compte, que quelqu’un fasse couple dans l’opposition, dans la fusion, etc. Cela participe de ce qui s’exprime dans la pathologie psychiatrique aiguë qui arrive en hospitalisation. Cela participe de la crise et peut participer aussi des soins.

De quelle manière diriez-vous que cela participe de la crise ?

Cela peut être des situations de patients pour qui la modalité de couple était une façon de compenser des troubles et de ne pas décompenser, et c’est quand le couple commence à aller mal pour diverses raisons que l’on va avoir une décompensation pathologique.

Dans des situations névrotiques, le conflit de couple peut venir forcément interférer d’une façon ou d’une autre, parfois de manière très conflictuelle, comme étant l’expression de la pathologie névrotique. Dans la dépendance, dans l’alcoolisme entre autres, il y a des relations de couple où la dépendance du couple est vraiment une des dépendances et là aussi cela vient décompenser à un moment où quelque chose ne tient plus au niveau du couple. Donc c’est quand même assez central.

Par rapport à l’alcoolisme, de quelle manière entendez-vous le « faire couple »? Parce qu’on peut entendre le « faire couple » avec l’alcool justement.

Une relation très particulière avec l’alcool peut en effet s’instaurer dans une relation de couple. D’ailleurs parfois il ne faut pas aller toucher à certaines situations de ce type où il y a une espèce d’équilibre à trois entre alcool et conjoints. Mais il va falloir en tenir compte de toute façon. Et avoir une lecture de ce qui se passe dans le couple.

Voilà, de quelle manière le patient fait couple, ça n’est pas forcément toujours avec le conjoint déclaré disons.

Oui cela n’est pas toujours avec le conjoint déclaré, cela peut être de plein de façons différentes, cela peut être effectivement avec un symptôme, avec l’alcool, avec un enfant – on a des situations avec des structurations fusionnelles mère/enfant ou père/enfant d’ailleurs. Et en tous cas la psychiatrie vient souvent se poser au moment où il y a des enjeux de séparation, c’est-à-dire d’individuation de l’un et l’autre. On est très souvent aux prises avec ces questions-là.

Et justement est-ce que la psychiatrie ne vient pas prendre le relais et constituer un nouveau couple avec le patient parfois ?

Oui c’est le risque, c’est forcément le risque.

Et en même temps cela peut aussi venir soutenir un patient.

Oui c’est intéressant de voir que la psychiatrie peut être là dans un moment de crise, qu’elle peut porter cela pendant un temps, mais aussi ne pas se réinstaller totalement dans la relation fusionnelle qui s’était instaurée. C’est-à-dire qu’on peut être un lieu de passage, un lieu qui va aider un peu cette émergence du sujet, cette individuation qui peut se faire.

Propos recueillis par Nathalie Leveau

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