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Ce sur quoi ils s’étaient mis d’accord au départ, entretien avec Catherine Joncheray, assistante sociale dans un service de médecine.

Auteur : 05/11/2015 0 comments 678 vues

Du point de vue de votre expérience et de votre pratique, repérez-vous des effets directs de la maladie grave sur les couples ?

Les personnes que je rencontre viennent rarement pour des questions directement liées au couple. Le plus souvent, cette question n’est pas première mais elle est régulièrement présente dans un second temps. C’est abordé plutôt en fin d’entretien après avoir parlé de choses plus terre à terre : argent, emploi, démarches administratives, aides à domicile… liées à la vie quotidienne. C’est souvent une petite remarque. Ça vient si l’on « gratte un peu », autour de la question des enfants par exemple ; si l’on demande « comment les enfants vivent tout cela ? » alors vient la question du conjoint. Bien entendu la maladie bouleverse. Et ça touche le conjoint aussi. Je questionne sa présence aux rendez-vous médicaux par exemple, mais, face à la maladie, conjoint présent ou pas, on est seul(e).

Remarquez-vous une différence de réaction entre les hommes et les femmes ?

Je remarque qu’il y a une plus grande affinité des femmes avec la parole sur le couple. Elles en parlent plus facilement. Chez les hommes, c’est plus rare. Et plus violent. Ils sont plus pudiques, exposent moins facilement leurs difficultés. Ils parlent plus facilement de l’aspect économique. Il y a toute la dimension de l’acceptation qui est en jeu. Peut-on vraiment accepter ? Le conjoint est mis à mal par cette épreuve aussi. Il faut prendre en compte la souffrance des deux partenaires du couple, sans négliger l’un en faveur de l’autre. Il y a aussi la question de l’aspect physique, du corps. Le mari qui ne reconnaît plus sa femme ; ou bien elle qui ne se reconnaît plus dans son regard. Elle est différente. Le conjoint se sent souvent inutile et impuissant.

Libérer la parole n’est pas toujours aidant pour la paix des ménages. Les tentatives d’approche peuvent donner lieu à un mutisme aussi, ou à une colère.

Vous recevez les couples ensemble ?

C’est plutôt rare. Quand ça arrive, ce sont plutôt les hommes malades qui viennent avec leur compagne. Quand elles sont accompagnées, les femmes viennent souvent avec une amie, une sœur, leur mère, une autre femme plutôt.

La maladie provoque-t-elle des séparations ?

La maladie fait remonter plein de choses. Le couple est déjà une chose fragile à la base. La façon dont il va traverser la maladie dépend de la façon dont il existe avant. Si les liens sont solides ou fragiles. Si les bases sont bonnes. C’est très subjectif. Ça dépend de ce sur quoi ils se sont mis d’accord au départ sur leurs attentes respectives.

Propos recueillis par Aurélien Bomy

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