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Cavalier et cheval : quel couple ?, par Camille Letourneux 

Auteur : 11/10/2015 0 comments 615 vues

Pour certaines personnes, être cavalier signifie juste « utiliser » un animal. Cependant, je ne vois pas comment il serait possible de « dompter » un animal de cette puissance sans qu’il ait envie de nous donner quelque chose. Dresser un cheval prend des années : nous ne commençons à les monter qu’à l’âge de trois ans, les concours commencent à quatre ans, et il faudra attendre l’âge de huit ans minimum pour atteindre le haut niveau.

Durant toutes ces années, il faut s’en occuper, les nourrir, les monter, les brosser. Tout cela crée un lien indescriptible entre le cheval et son cavalier.

Après autant d’années passées ensemble il y a une réelle confiance mutuelle qui s’installe.

Chaque cavalier connait les petits rituels de son cheval et inversement.

Chaque cavalier a son cheval de cœur, il peut en avoir des tas d’autres dans une carrière mais il y en aura toujours un qui marquera sa vie plus que les autres.

Il y a eu Jappeloup pour Pierre Durand ou encore Milton pour John Whitaker ; ces chevaux sont présents dans toutes les mémoires grâce à leur relation si spéciale avec leur cavalier.

Être cavalier ne signifie pas juste « faire du cheval », il faut aussi s’occuper des écuries, bichonner nos chevaux, faire des déplacements en concours. Nous mangeons, dormons, vivons cheval. Ils sont bien plus qu’un outil de travail, ils sont des membres de notre famille.

Travailler dans le cheval c’est « sacrifier » sa vie au nom d’une passion.

Moi-même employée dans une écurie de concours, je pourrais décrire un par un chacun des chevaux de mon écurie ; vous dire que celui-ci raffole des carottes, celui-là préfère que l’on passe de longs moments à le brosser, un autre est un peu fainéant mais une fois arrivé en concours, il donnera tout pour vous.

Parlons maintenant de mon cheval personnel.

Notre histoire avec Kenzo a commencé il y a dix ans, je n’avais alors que quinze ans et lui six. J’étais déjà passionnée d’équitation mais mon niveau n’était que très bas. J’étais une personne très timide et j’avais peu confiance en moi. Grâce à cette rencontre avec ce cheval, j’ai passé des heures dans mon centre équestre à échanger avec d’autres propriétaires, à perfectionner mon niveau à cheval, et puis, à force d’amour et de travail, Kenzo est devenu un vrai cheval de concours et moi chef d’écurie chez un des meilleurs cavaliers français de concours complet.

En plus du côté « sportif » des choses, il y a le côté affectif ; je pourrais vous raconter quelques moments vraiment spéciaux partagés avec Kenzo.

Il y a cinq ans environ, pour des raisons professionnelles, je suis partie vivre en Espagne pendant un an ; il était trop difficile d’emmener Kenzo avec moi. C’est donc le cœur un peu lourd que je suis partie dire au revoir à mon cher cheval — après un bon kilo de carottes et quelques gratouilles, l’heure était venue pour moi de le quitter. Je me dirige alors vers la sortie du pré et là, mon fidèle Kenzo me suit, comme s’il avait compris ce qui se passait ; et quand j’ai disparu, il s’est mis à hennir de longues minutes, un peu comme un adieu sur un quai de gare.

Voici une deuxième histoire toute aussi spéciale : j’ai vécu il y a quelques mois l’une des périodes les plus difficiles de ma vie avec la perte d’un être cher.

Après de longs jours de recueillement en famille, il était temps de retourner travailler ; une fois ma journée de travail terminée, je suis partie dans le pré de Kenzo pour lui amener quelques carottes qu’il aurait normalement englouties avant de repartir « gambader » avec ses « amis ». Mais là, il a senti que quelque chose n’allait pas et est resté de longues minutes à côté de moi à essayer de me faire rigoler en fouillant dans mes poches et en faisant le pitre. Je pense qu’il avait compris que je n’étais pas dans mon état habituel et que j’avais vraiment besoin de réconfort.

Mon cheval a été une « thérapie » pour moi, il m’a aidée à dépasser mes angoisses et ma timidité durant mon adolescence, m’a permis de m’élever au niveau sportif, d’obtenir le job de mes rêves, et enfin aujourd’hui, il m’aide à garder le cap dans des moments difficiles.

Quand on est en présence d’un cheval, il n’y a pas de paroles, pas de jugement, il y a juste de l’amour entre deux êtres vivants qui s’aiment et se comprennent. J’espère qu’avec ce fragment de mon histoire avec Kenzo, vous comprendrez maintenant pourquoi l’on parle souvent de « couple cavalier-cheval ».

 

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