Flashs lacaniens

Du Père aux pairs Par Vanessa Sudreau D’Ironik !

Sur les Docks, l’émission de France Culture, ouvrait ses portes lundi 15 juin à des couples souhaitant se marier religieusement[1]. Pour cela, l’Église catholique leur « propose » une préparation. Rien de nouveau sous le soleil ? Si, un petit peu quand même : quand aux temps du père, le mariage religieux de chacun visait à confirmer la puissance de l’amour de Dieu, ici, à l’ère de la gestion, il est plutôt un challenge.

Le terme de « préparation » prend alors un nouveau sens, comme on prépare un champion. L’émission donnait la parole a des « couples encadrants » qui prennent en charge « la formation des fiancés » afin qu’ils s’engagent « en toutes connaissance de cause ». Les postulants au mariage rédigent en ce sens leur « lettre d’intention » visant la construction d’un « socle solide ». Si le prêtre est encore celui qui « valide » l’union, son acte est séparé de la valeur de l’expérience, il avoue lui-même ne pas connaître « la vie conjugale de l’intérieur », le véritable savoir est donc supposé à ceux qui en ont une expérience pragmatique – et non à ceux qui en sont les garants symboliques. Les couples encadrant vont alors transmettre cette connaissance concrète dans une « relation d’entraide », en tant que  « médiateurs ». Ainsi les jeunes couples apprennent-ils « à organiser le quotidien pour que ça dure », qu’être fusionnels « C’est pas bon », et, encore, qu’il faut consacrer à son époux (se) « une heure par semaine, un jour par mois, une semaine par an… ».

À l’ère de l’après-Œdipe, on passe du Père aux pairs, le symbolique s’éclipsant derrière l’expertise.

[1] http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-mariage-a-l-eglise-quelle-preparation-2015-06-15

Marié à un avatar Par Romain Lardjane et Camille Lorette

Au Japon, les « Dating Sim » sont des jeux vidéo très appréciés. Abréviation de « Dating Simulation » ou « jeux de drague», ils proposent aux joueurs des personnages parmi lesquels ils vont choisir celui qu’ils vont tenter de séduire. Love Plus est l’un des plus connus. La reconnaissance vocale permet de parler directement à l’une des trois jeunes filles proposées par le jeu. Son but ? Permettre aux utilisateurs de profiter d’une romantique relation de couple semi-virtuelle. Le jeu n’a donc de fin que si le joueur lui en donne une.

Les jeunes filles sont dotées d’une intelligence artificielle, stéréotypées selon les normes de beauté japonaises et possèdent chacune un trait de caractère particulier : le gentille, la timide ou la rebelle, permettant ainsi au joueur de faire couple avec un fantasme standardisé.

Mais qu’arrive-t-il quand le virtuel se confond avec la réalité ?

En 2009, un japonais décide d’épouser Nene Anegasaki, l’une des figures proposées par Love Plus. Le joueur a voulu faire reconnaître le mariage dans la réalité. Il a été célébré de manière traditionnelle avec un prêtre, le témoin du marié mais aussi celui de la mariée, un autre personnage du jeu.

Il vit aujourd’hui avec elle sur sa console portable Nintendo DSi, l’emmenant partout où pourrait être vu un couple aujourd’hui : au café, sur un manège, en vacances et même dans son bain. Défrayant la chronique par ce mariage inattendu, il donne alors de nombreuses interviews dans lesquelles il explique son geste : « Elle est mieux qu’une copine humaine. »

En effet, qui n’a jamais rêvé d’épouser un fantasme? Selon lui, elle correspond exactement à l’image de la femme parfaite : elle n’a aucun autre désir que de lui plaire.

Ainsi, épouser ce fantasme standardisé est le moyen qu’il a trouvé pour éviter l’angoisse de la rencontre avec l’Autre sexe.

Ironie du sort, il partage sa femme avec les 300 000 utilisateurs du jeu – ce qui ne trouble en rien la réalisation de son mythe d’Aristophane semi-virtuel !

E-couples Par Dominique Pasco

Juillet 2015, Marie-Claire consacre trois pages aux e-rencontres : « Comment on rencontre un homme aujourd’hui » titre l’article très bien documenté de Caroline Rochet. Ce qui marque avant tout est le vocabulaire employé. On y apprend que les sites de rencontres sont désormais vintage, quasi-ringards et délogés par les applis qui permettent un accès plus immédiat avec géolocalisation et gratuité. 15 à 18 millions de célibataires offrent une perspective incroyable à ces nouvelles modalités d’entrer en contact.

En effet, la possibilité d’une rencontre viendrait ensuite et elle n’est pas plus assurée via le web ou les applis qu’elle ne l’est dans la « vraie vie ». « Le web est juste un nouveau lieu et une nouvelle chance de trouver, tout aussi fascinante qu’ailleurs ». Et sans doute est-il plus ludique. 2500 sites de rencontres sont répertoriés en 2014 en France avec pour les plus connus : Meetic, Parchip, Adopte un mec. Mais afin de mieux boussoler les déboussolés contemporains, de nouveaux sites thématiques auraient vu le jour en proposant une première sélection augmentant les chances de faire couple à partir de votre objet de jouissance privilégié (Marmite love, Amours Bio) ou encore, de vos hobbies ou idées politiques, etc.

Nous y lisons aussi que cette modalité de rencontre via les sites ou les applis n’est plus source de honte : 82% d’entre nous avoueraient avoir rencontré leur partenaire ainsi. Elles seraient « le sésame du prêt-à-rencontrer » sous titre l’article : Grindr (homosexuels), Tinder[1], BoujourBoujour, Happn ou Blendr ont l’atout d’afficher sur votre smartphone les profils des inscrits géographiquement les plus proches ce qui facile évidemment la rencontre concrète et immédiate. Cependant, l’article affirme que si ces applis facilitent les « plans sexe », ce n’est pas forcément la visée, en tous les cas pas pour tous et pas plus qu’en boîte de nuit. Par contre, elles permettent d’éviter d’essuyer les refus : « il n’y a « match » et possibilité de s’écrire que si l’autre aussi a cliqué sur [votre] profil ». L’utilisateur est plutôt urbain, 25/40 ans et avec l’application Happn, vous pouvez immédiatement retrouver un ou une inconnue croisé(e) dans la rue, à condition qu’il ou elle soit branché(e). Pour ce faire, il vous suffit de le (ou la) géolocaliser et de le (ou la) « liker » ! Cette possibilité existe aussi avec les pages « Sportted » sur Facebook.

Le célibataire actuel n’aurait plus rien à voir avec l’image du solitaire, triste et coincé, mais au contraire il « sort, utilise son mobile, voyage, … ». Si la France ne possède pas de telles statistiques, aux Etats Unis, 35% des couples mariés entre 2005 et 2012 se seraient découverts via Internet. L’article se termine sur le fait que 80% d’entre nous rêvent cependant d’une rencontre dans la vraie vie et se conclut sur le réel dans l’affaire, ce qui est hors symbolique : « L’amour a toujours le dessus et on n’y comprend jamais rien ! […] la rencontre d’aujourd’hui ressemble à celle d’hier : bouleversante et vertigineuse. »
Ces modalités fondées sur l’imaginaire, l’accessibilité immédiate sans l’attente, sans le manque, n’épuisent pas le désir de la rencontre amoureuse, laquelle relève de la contingence, au sens du hasard. Cette facilitation des « plans sexe » qui viennent aujourd’hui en premier, avant l’amour, et qui accentuent le clivage entre la sexualité et l’amour semble fomenter l’idéalisation de la rencontre amoureuse. Pour autant, la psychanalyse ne se contente pas de ne rien en savoir. Elle vise à partir de l’expérience de l’analyse, au un par un, à déduire en logique les coordonnées de ces liaisons inconscientes.

[1] Lire au sujet de Tinder l’article de Sylvie Goumet dans la rubrique « cyber-couple » du blog des 45e journées

Couple iconique Par Laura Sokolowsky

L’icône du couple, n’est-ce pas l’image du baiser ? Un marin embrasse fougueusement une infirmière. Il se tient au-dessus d’elle, sa main enserrant sa taille. Le visage de la femme est caché par l’autre main de l’homme et leur danse se situe au centre des regards. Les yeux du spectateur partent des chaussures blanches, remontent le long de l’arc de cercle formé par le corps de la femme jusqu’au chapeau clair du marin. Ce parcours lumineux métaphorise la montée du désir.

Cette version américaine du baiser est assurément plus trash que la photo française du célébrissime baiser de l’Hôtel de Ville par Robert Doisneau. Car ici, c’est le V- J Day, les new-yorkais fêtent la capitulation du Japon sur Times Square en ce mois d’août 1945. Le grand photographe Alfred Eisenstaedt, qui travaille pour le magazine Life, saisit au vol cette image de la victoire qui fit le tour du monde.

En fait, Greta Zimmer n’est pas infirmière, mais assistante d’un cabinet dentaire. « Nous étions habillées comme des infirmières. Collants blancs, chaussures blanches, robe blanche, et une coiffe blanche qu’on enlevait à l’heure du déjeuner », a-t-elle expliqué. Greta est autrichienne, elle s’est réfugiée aux États-Unis et ses parents n’ont pas survécu aux camps nazis. Depuis le début de la matinée, les patients du cabinet dentaire font courir des rumeurs au sujet d’une capitulation du Japon. N’y tenant plus, Greta se faufile dans Times Square à l’heure du déjeuner. Sur les enseignes lumineuses des immeubles, elle lit « V-J DAY ! V-J DAY ! ». Elle se mêle à la foule en liesse qui célèbre l’événement.

George Mendonsa sort du cinéma avec Rita, sa fiancée. La bonne nouvelle pour lui, c’est qu’il n’aura pas à repartir comme marin dans le Pacifique. Il fête cela comme il se doit en se saoulant, sa fiancée le suit de bar en bar.

Alfred Eisenstaedt se souvint : « J’ai remarqué un marin venant dans ma direction. Il attrapait toutes les femmes à sa portée et les embrassait, jeunes comme vieilles. Puis j’ai remarqué l’infirmière, debout dans cette immense foule. J’ai fait le point sur elle, et, comme je l’espérais, le marin est arrivé, a attrapé l’infirmière, et s’est penché pour l’embrasser ».

Greta aussi n’a pas oublié cet instant : « Je sentais qu’il était très fort. Il me tenait très serré. Je ne sais pas quoi penser du baiser…c’était juste quelqu’un qui fêtait une occasion. Ce n’était pas romantique ».

Non, ce n’était pas romantique, c’était juste exceptionnel.

Couple et argent font-ils bon ménage ? Par Alice Delarue

 

 

Le Diable probablement

Dans un dossier paru le 2 juin dernier, Le Monde examine « Le couple à l’épreuve de l’argent » à partir d’une récente étude du CREDOC. 97 % des personnes interrogées s’y disent satisfaites de l’organisation financière au sein de leur couple.

Interrogeant à juste titre cette unanimité suspecte, les journalistes ont rencontré la sociologue Caroline Henchoz. D’après elle, ces chiffres illustrent que l’argent reste un tabou dans le couple : « les intérêts personnels ne sont jamais évoqués, car cela casse le côté romantique du couple ». En cas de séparation ou de décès, le retour du refoulé s’avère alors brutal… D’autant que les nouvelles organisations du conjugo, comme le PACS, se révèlent plus précaires en termes juridiques et économiques.

Pour expliquer les raisons de ce tabou, le dossier cite la thèse freudienne qui assimile l’argent à l’objet anal. Par un puritanisme très français, les couples déballeraient plus facilement leurs problèmes sexuels que leurs questions financières. Mais ce tabou ne tient-il pas plutôt à ce que le rapport de chacun à l’argent révèle un certain mode de jouissance solitaire[i] ? Il s’agit que celui-ci reste suffisamment voilé au sein du couple pour que le mythe de la solidarité entre les conjoints puisse perdurer…

Quoi qu’il en soit, ce tabou serait en passe d’être remis en cause : comme chez nos voisins anglo-saxons, contrats de mariage et séparation de biens ont désormais le vent en poupe. Pas sûr que cela suffise à contredire l’adage fameux – quand on aime, on ne compte pas.

[i] Cf. « En ligne avec Jacques-Alain Miller », La Cause du désir, n° 85, septembre 2013, p. 12-13.

Faire couple au temps des dinosaures, par Deborah Gutermann-Jacquet

Une romance entre dinosaures n’est pas absolument une chimère. C’est la thèse que soutient le scientifique canadien Scott Persons[1].

Pour ce paléontologue, les squelettes des deux dinosaures ensevelis il y a 75 millions d’années et retrouvés en Chine dans le désert de Gobi, sont ceux de deux amants. De là à dire cependant qu’ils se seraient aimés jusque dans la mort, il y a un pas que franchit Scott Persons. Il a publié ses hypothèses dans le célèbre journal Nature[2] et se fonde, pour les étayer, sur l’anatomie des squelettes, en partie la distinction de la taille des queues et la forme de celle du mâle, qui évoque la roue séductrice du paon. C’est par ce truchement que ces oviraptors établissent le rapport sexuel qu’il n’y a pas entre les êtres de chair et de langage. Autrement dit, là où ça baigne pour les premiers, ça coince pour les seconds.

Nul doute que Scott Persons, en mettant à jour les stratégies de séduction de cette espèce disparue, fait là une découverte. Lorsqu’il imagine qu’ils se sont peut-être blottis l’un contre l’autre pour se protéger de la pluie, il témoigne plutôt qu’être scientifique et romantique, n’est pas antinomique, quitte – peut-être – à encombrer l’existence nue des oviraptors de ses fictions.

[1] http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/04/03/les-dinosaures-etaient-ils-des-amants-autant-que-des-guerriers/

[2] Scott Persons, « A possible instance of sexual dimorphism in the tails of two oviraptorosaur dinosaurs”http://www.nature.com/srep/2015/150328/srep09472/full/srep09472.html.

Le mariage gay des catholiques et des protestants, par Jean-François Cottes

Gay, gay, marions-nous !

Le 17 mai dernier, au moment de la journée internationale contre l’homophobie, l’Eglise protestante unie de France, lors de son synode national a ouvert « la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. » Autrement dit, le mariage de gays pourra être béni par les pasteurs.

Cinq jours après, le 22, la très catholique Irlande, par un référendum à forte participation et par près de deux votants sur trois, a sanctifié le mariage pour les personnes de même sexe.

Quelque chose a-t-il « cheminé dans les profondeurs du goût » (Lacan) en Europe ? Ou notre époque où se dévoile toujours plus qu’« il n’y a pas de rapport sexuel » (Lacan encore) voit-elle se former l’union sacrée des gays et des hétéros, des protestants et des catholiques, de « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas », des hommes et des femmes, pour sauver l’institution du mariage ? Les deux sans doute.

Alors, Gaudemus, nous nous réjouissons, assurément, de cette acceptation croissante, sous nos latitudes, de l’homosexualité car c’est un bienfait pour les jeunes gens LGBT chez qui le taux de suicide reste alarmant.

On peut toutefois s’interroger sur le fait de savoir si pour les gays le gain des joies du mariage… et du divorce, compensera la perte de celles de la subversion de la norme.

Faire couple… avec un cadenas. Le Pont des Arts s’allège, par Nathalie Jaudel

En ce lundi 1er juin commencait le démantèlement des cadenas dits « d’amour » qui, en quelques années, provenant de couples du monde entier, ont envahi les parapets du Pont des Arts. Il y en aurait un million ; ils pèseraient quarante-cinq tonnes ; sous leur poids, le pont ploierait.

À l’heure où l’ordre symbolique est en déclin, ni le sacrement qui rendait le mariage indissoluble — till death do us part —, ni le contrat napoléonien qui rendait sa rupture malaisée ne peuvent plus garantir la durée du conjugo, à défaut d’assurer celle des sentiments. D’où le recours au signifiant imaginarisé du cadenas sur lequel on inscrit les noms des partenaires avant d’en jeter la clef, blason du rêve d’un amour pour toujours…

Jusqu’à ce que, avec la masse critique sur le point d’être atteinte, le réel de la catastrophe possible se rappelle à nous.

Solo wedding au Japon: pas besoin d’être deux pour se marier, par Pascale Rivals

Ai Aoyama[1], conseillère en relation amoureuse et sexuelle à Tokyo s’inquiète du désintérêt des jeunes pour les relations amoureuses et la sexualité.

« Mendokusai « est la formule[2] utilisée par les hommes et les femmes. Le nombre de célibataires atteint des records et un tiers des moins de trente ans n’ont jamais eu de partenaire. Certains n’imaginent même plus un contact physique avec le sexe opposé.

Chacun converse via les réseaux sociaux mais pour ne plus se rencontrer.

Devant ce « syndrome du célibat », des tentatives : Le ministre chargé de lutter contre la dénatalité organise des campagnes pour le mariage ; dans le Département de Kagawa chaque premier jour du mois a été déclaré « Journée de l’amour ».

Dans ce contexte, un service devient de plus en plus populaire au Japon. Il transforme les femmes qui le désirent en mariée-solo. Deux jours de noce : choix de la robe, préparation du bouquet, dîner dans un restaurant chic…mais solo. Le lendemain, le grand jour ! Coiffure, maquillage, séance photo.

« Rêve de petite fille », dit l’une, « ne pas importuner son partenaire », dit l’autre, avec ou sans, au pays du solo wedding, chaque Une reste avec la solitude de son fantasme… hors demande, hors désir, hors rencontre des corps…

Au pays des hikikomori, quel sera le nouveau partenaire de la mariée éphémère réduite à son image en robe?

[1] Magazine Clés, Les champions de l’amour durable, « Un Pays sans sexe et sans enfants », n° 93, février 2015.

[2] Traduction : trop compliqué, ça ne vaut pas le coup.

Juste déséquilibre, par Catherine Lacaze-Paule

7 raisons pour lesquelles votre épouse est stressée en permanence

 

Samantha Rodman est psychologue clinicienne dans le Maryland et mère de trois enfants, elle tient une chronique psychologique sur les questions du couple au Huffigton Post.

Dans une chronique intitulée « 7 raisons pour lesquelles votre épouse est stressée » , la psychologue s’adresse directement, sous forme de dialogue et d’interpellation, à un conjoint virtuel. Les raisons ne sont pas tout à fait hiérarchisées ni liées entre elles. Ainsi, trouve-t-on, pêle-mêle comme cause du stress, le jugement sur les mères, le poids du regard des autres, l’intuition féminine, le besoin de sommeil plus important chez les femmes, l’importance des tâches ménagères, le besoin de sentir écoutée, et enfin le perfectionnisme propre aux femmes.

La lecture de ce texte donne la mesure de la conception de l’adaptation de l’Ego psychology… et ses préjugés. D’un côté, elle suggère une analogie avec les suricates, ces petits animaux sociaux, connus pour se surveiller et se toiletter entre eux, et mourir s’ils sont seuls. Les suricates ne sont-ils pas essentiellement altruistes comme les femmes ! Et d’un autre côté, on trouve le conseil très personnel de Samantha Rodman. Elle enseigne à un « fils-mari virtuel », coincé entre sa femme et sa mère, l’art de se tenir à carreau pour ne pas déclencher de crise de nerfs.

Mais on peut avoir une autre lecture, et considérer que si le moral baisse et le stress augmente, dans le couple, c’est en raison de la morale de fer qui s’applique aux épouses d’aujourd’hui. L’injonction de réussir la trinité en une, d’être la parfaite « femme-mère-maitresse », injonction paradoxale d’être multiple et l’unique à la fois, plonge dans le stress – à vrai dire l’angoisse  – la plus tenace. Ainsi la gestion, l’organisation et le contrôle, ces signifiants-maîtres de l’entreprise appliqués à la vie de couple se heurtent-ils au désordre du réel et à l’impossible à faire un à deux. Ce ratage provoque inexorablement malaise et « stress ». En effet, on trouvera avantage à considérer que la « loi normale » d’un couple n’est pas l’équilibre, mais le juste déséquilibre.

Si pour un couple marcher et avancer à deux suppose que chacun trace son propre chemin, le consentement à une perte momentanée d’équilibre, n’est-ce pas ce qui permet de mettre un pied devant l’autre ?