Edito

Propos de Nice

 

Lecteur (mon frère, etc.), tu auras rectifié de toi-même : il s’agit bien ici de propos, au pluriel, tenus depuis Nice. Mais le titre est un clin d’œil au film émouvant de Jean Vigo, À propos de Nice, où celui-ci se moque allégrement de la bourgeoisie locale et saisit sur le vif par de multiples portraits le petit peuple qui lui est cher aussi bien que les touristes.

On parlera dans cette carte blanche aussi bien de choses d’ici, que d’ailleurs. Mais le couple, entre coupole et copule, sera le thème ou le fil qui court. Il sera traité sous l’angle de la poésie (contemporaine), de la danse (non moins de notre temps), de la littérature et du cinéma et de la création sous ses diverses formes.

Rien d’étonnant à cela : Nice, malgré les caricatures qu’elle sait donner d’elle-même, à l’occasion, a depuis longtemps le charme cosmopolite qu’ont su graver en elle les étrangers venus pour sa lumière et ses couleurs : le bleu sans nuage de son ciel et celui de la mer qu’on ne retrouve pas ailleurs (autre Klein d’œil). Et quand on dit étrangers, on pense aux Anglais qui ont laissé leur nom à la Promenade ; aux Russes qui suivirent le Tzarevitch et érigèrent une église que le nouveau tsar de Moscou a su se réapproprier ; aux Juifs qui crurent, comme Eva Freud, y trouver le refuge qu’elle ne fut pas ; aux travailleurs immigrés, naguère parqués dans des bidonvilles, qui firent son actuelle prospérité.

Avec ces étrangers, l’art est entré dans la ville : même Jean Moulin fut ici galeriste ! On trouve donc la même veine, de l’Atalante, qu’accompagne la musique du niçois Maurice Jaubert, jusqu’au groupe Fluxus et à l’École de Nice. Ici, même les galets de la plage prétendent à l’art et à la notoriété !

Philippe De Georges

Ni moraliste, ni omniscient

La Cour suprême américaine a légalisé ce 26 juin le mariage homosexuel dans l’ensemble des Etats-Unis, au nom de l’égalité devant la loi. Cette décision historique nous rappelle la prise de position de psychanalystes en France pour refuser l’instrumentalisation de la psychanalyse au service du refus de la légalisation du mariage homosexuel (1).

Cette position tient à ce qu’un psychanalyste n’est pas lié à un engagement moral, qui prônerait une solution idéale : la même pour tous.

Qu’on lise et relise aujourd’hui et plus que jamais, ce que Lacan adressait à son auditoire dans les années 50, dans un rappel vibrant : l’expérience psychanalytique s’est engagée précisément d’un renoncement de toute prise de parti sur le plan du discours commun en matière de moeurs et de statut de l’individu dans la société. Elle s’en tient à un discours différent, à part, inscrit dans la souffrance et articulé dans ce qui nous échappe, les symptômes… Ce réel-là impose non pas une morale mais le cas par cas. Pourquoi un psychanalyste est-il porté à la réserve, s’il est sollicité pour donner un conseil ou une position, s’il vaut mieux ou pas se marier dans telle circonstance ?

« c’est parce que la signification même du mariage est pour chacun de nous une question qui reste ouverte, et ouverte de telle sorte que, quant à son application à chaque cas particulier, nous ne nous sentons pas en mesure de répondre lorsque nous sommes appelés comme directeur de conscience ». (2)

(1) Du mariage et des psychanalystes, La Règle du Jeu/Navarin/Champ freudien, janvier 2013.

(2) Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Seuil, p. 152.

Christiane Alberti

Biblio-philie

Quel est le rapport entre une épouse qui ne mange plus que l’entame du rôti dominical depuis qu’elle a cessé tout commerce sexuel avec son mari, Socrate, Alcibiade, et Platon, et La psychologie des femmes ? Ces références, ces perles, vous pourrez les trouver dans la bibliographie dévoilée cette semaine, élaborée par une équipe de collègues à l’affût, emportés par la rigueur ainsi que l’enthousiasme de Michel Grollier et Michel Héraud. Nous serait-il donné de connaître enfin toute la vérité sur le couple, grâce à ce formidable outil qui recense les élaborations de Freud, Lacan, Jacques-Alain Miller et quelques autres qui comptent et compteront pour transmettre et soutenir notre orientation ? Comme ces quelques exemples l’indiquent, c’est bien plutôt la couleur d’une époque qu’il vous sera permis de déceler, le singulier des cas et des vignettes cliniques tout aussi bien que l’universel de la structure. Car nulle exhaustivité au savoir du psychanalyste : noué à un désir, il embrasse en son sein un vide, et se construit en visant justement ce qu’il ne peut appréhender, ce réel que nulle encyclopédie n’enserrera jamais. Avec cette bibliographie, nous vous invitons à moudre avec nous le grain de ce recueil pour penser, écrire, travailler, et renforcer le trépied sur lequel Freud fit reposer la psychanalyse : une méthode, une pratique clinique, certes, mais pas sans une solide formation théorique. À vos Bibliocouples !

Virginie Leblanc

Friends et privilèges

À mesure que l’idéal du conjuguo s’étiole, la carte du couple se renouvelle et se diversifie. Parmi la multitude de scénarios alternatifs, fleurit toute une culture qui privilégie le relationnel, l’écoute, l’intimité, la complicité, l’amitié. Comment lire cette idéologie d’un compagnonnage disons bien tempéré ? Un art de vivre new age conforme à la revendication contemporaine d’égalité et de réciprocité ? Ou le retour des invariants du sentiment et de la religion de l’amitié (fidélité, abstinence…) de jadis ?

J’y verrai une inclination tendancielle vers ce que Barthes appelait « la relation privilégiée », relation duelle qui nécessite une fréquentation un à un, une pratique assidue de la complexité du dialogue : résistance du couple d’amis au groupe, à la bande, à la masse, épreuve du dialogue impossible. Comme si ce qui était cherché, à distance de l’anonymat de l’interchangeable, du narcissisme à deux, était ce lien marqué par une absolue originalité, une singularité incomparable et contingente,  « un pluriel sans égalité, sans in-différence » ?

Christiane Alberti

Le fil à couple

À Toulouse comme ailleurs on fait couple sur un fil. Pourquoi le saurait-on, ici, mieux ou moins bien qu’ailleurs ?

Parce qu’en 1954 Jean Dieuzaide le dévoile dans son reportage photographique place du Capitole : « Le mariage des Diables Blancs » dont même les américains ont fait grand cas ? Et pourtant, à part l’aéronautique, en 54, on imagine mal que Toulouse soit leur verre de Coca.

Parce que Juliette feule et gueule, proteste, tempête, implore, laisse percevoir dans le grain de sa voix une fêlure qui nous parle d’ici, chante et danse, nous entraîne inexorablement dans la prière d’amour endiablée qu’elle adresse à la ville via « los chicos de mi barrio », « Les garçons de mon quartier » pour ceux qui n’hispanisent pas, ou la ville vécue à la hauteur du corps emporté par le désir au rythme accéléré de la cumbia colombienne ?

Parce que les Ombres Blanches sont propices aux funambules ? La brique et l’accent ajointés ?

Parce que les Mystères sous les trois formes distinguées par Pascal Quignard, à la suite d’Aristote, théâtre, littérature, peinture, remplissent les salles ?

Parce que tout comme Rome-oui je me rends compte c’est beaucoup-Toulouse, parfois, s’absente d’elle-même, s’installe à la campagne ?

Parce que ça mange pas deux fois par jour du cassoulet ? Parce que si ça sent pas toujours la rose ça peut fleurer la violette ?

Parce que le tout Toulouse qui chante et qui danse quand il ne va pas au théâtre du Capitole se retrouve au Bikini ?

           Sans doute parce que, comme partout, la vie pour chacun à son objet attaché, a un goût.

Ce numéro « Spécial Toulouse » le donne à lire, à voir et à entendre.

Sentira-t-on entre les lignes la palpable douceur du jour qui s’étire au cours des longues soirées d’été où la ville et le possible, pour un toujours de quelques heures, se mettent à la colle sur les berges de la Garonne ? Oui et non.

Oui car c’est sans doute en tous lieux la même chose. Non parce que ça ne se passe ici que pour ceux dont les objets du monde se logent dans cet écrin.

Parce que, parce que, parce que,… si la rose est sans pourquoi enlevons l’objet et le couple est sans parce que.

Francis Ratier

Ces chaînes de réjouissances

Quelles sont les conditions pour qu’entre deux personnes ça puisse faire du 2 ?
Par quelle contingence, puis par quelle nécessité, deux solitudes se rencontrent puis se nouent-elles ? Sur quelle base cela tient-il ? C’est le mystère de ce lien que notre blog explore et perce depuis le 11 mai.
Cette semaine, une nouvelle étape est franchie.
La vie est faite de nœuds, ceux de l’amour en premier lieu, où se tissent des liens que nous appelons tout aussi bien chaînes. Faire couple, c’est faire chaîne ! Certains s’en enthousiasment (bien qu’un peu tard), comme Alidor dans La Place Royale : « Je me sens trop heureux d’une si belle chaîne » (la belle se nomme Angélique). D’autres les réclament, ces dites chaînes, comme sublime preuve d’amour : qui aime bien, emprisonne bien. Ne dit-on pas d’ailleurs s’attacher à… Et lorsque le couple se déchire, où chacun se déchaîne, là encore, entre fureur et tremblement, les deux êtres se rapprochent, inévitablement. Jamais sans toi, en permanence dans la confrontation, toujours au bord de la rupture.
Conclusion provisoire : et si finalement ces attaches, loin du souci de liberté, faisaient tout simplement exister… « Tes amours font quelqu’un de toi ».

Damien Guyonnet

« Je n’ai plus rien à te dire. »

C’est un Gabin épuisé par la guerre intestine que se livrent son personnage et sa femme vieillissante.
Ce sont les mots de Simenon qui tombent comme un couperet avec l’évidence qui résonne en chacun d’entre nous : la bataille est finie, les amours passées, les cœurs brisés.
À Mons, en Belgique, un musée leur est même réservé, et des analystes de l’École ont interrogé, une journée durant, comment les couples se délient​​. ​
Sombre alors, ce numéro deux du Journal des J 45 ? Pessimistes, non-dupes, adeptes d’une vision tragique du couple, les lacaniens, avec leur fameux « Il n’y a pas de rapport sexuel » ?
Bien au contraire.
S’il est devenu aussi l’objet d’études sociologiques, la psychanalyse délivre le couple de l’universalisme comme du déterminisme en lui opposant le plus « obscur objet du désir ». Ce qui fait couple est pour chacun une question qui reste ouverte.
​C’est donc à un savoir paradoxal et percutant que vous invite ce blog.​

Virginie Leblanc

fairecouple.fr, par Christiane Alberti

Voici un blog tout neuf, pour surfer jusqu’aux 45e Journées de l’ECF. Chaque semaine fairecouple.fr enquête. Veut y voir clair.
Explication : l’amour toujours…

On connaît la chanson, oui mais le couple ? Personne ne croit plus que ce soit strictement une affaire de coeur, une affaire de sens, et pas davantage de gestion.
Alors l’indésens sera au rendez-vous ? Mon coeur mis à nu ? Non, ce sera du précis, du rigoureux. L’orientation lacanienne. S’immiscer dans les moindres recoins du discours, attiser l’actualité comme les sources. Voir ce qui enseigne ou embrouille. Les virages historiques, les irruptions sociales, les oeuvres, la poésie, sans oublier le politique. Et l’économie ? Bien sûr !
Il y aura place pour toutes les figures, les plus tradi comme les plus décalées. Des confidences et des références. Surtout une adresse pour chacun. Un essai pour l’unique et ses relations, comme dirait le fameux Stirner.
Et saviez-vous que le mot couple avait les meilleures raisons étymologiques d’être au féminin ? La couple. Dixit Le Littré. Logique : l’étude de la sexualité féminine en a donné le meilleur aperçu. Faire couple féminise. À moins que l’ordre viril ne nous réserve des surprises ? À suivre…

Christiane Alberti