Edito

À vos marques !

Prêt ? Partez !

Et oui, c’est à vous de jouer maintenant ! Après vous avoir accompagné depuis ces quelques mois, le dernier blog est posté ce soir. Vous le lirez demain matin au réveil. L’heure sonne de nous quitter par ce biais, afin de mieux nous retrouver sur l’Autre scène, celle de la psychanalyse au Palais des Congrès, ce week-end. Nous, qui faisions couple avec nos outils connectés dès le dimanche soir et vous avons fait parcourir les six coins de l’hexagone et même au-delà, puisque la Belgique fut de la fête, nous vous avons entraîné dans notre valse à mille temps, sur un rythme endiablé. Vous avez pu jouer tout l’été, prendre goût aux livres, monter sur la scène, être attentifs aux liaisons fatales, parcourir le couple dans le monde et sur tous les terrains, découvrir des couples de la psychanalyse qui ont fait son histoire.

C’est avec un enthousiasme non dissimulé que nous vous donnons rendez-vous, pour qu’après ces préliminaires, oups… je l’ai dit… nous nous mettions à l’ouvrage de la rencontre en-corps. Vingt-deux simultanées où deux analystes se répondront du Tac au Tac, plus de cent analystes ou praticiens présenteront leur travail, le samedi. Et le dimanche ? Ah le dimanche !!!… De belles surprises, de l’inattendu, et bien sûr, pour ceux qui les attendent tous les ans, les témoignages des Analystes de l’École.

Alors pas encore inscrits ? Chut… je vous le dis, entre nous, prenez vos billets de train, réservez votre hôtel, et venez faire couple, même au dernier moment, les inscriptions seront encore possibles sur place… alors : à très vite !

Christine Maugin et Xavier Gommichon, webmasters

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Comme chaque semaine, cette édition s’est enrichie des numéros précédents. Des sédiments se sont déposés. Strate après strate, le thème de ces Journées s’est étendu, a pris de l’ampleur. Des conjugaisons inédites ont surgi, tordant, éclairant, traquant les recoins où étaient tapies les liaisons inconscientes du faire couple. Elles ont été débusquées, interrogées, disséquées. Et ces mouvements de pensée ont forgé un terreau que le blog va encore abriter pour un bon moment.
Est-ce à dire qu’on aurait fait le tour de la question avant même les Journées ? Heureusement, non !
Les contributions qui ont enrichi le blog ne constituent pas une accumulation préliminaire de connaissances, et gageons que cette préparation a bien plutôt produit une ouverture à un prochain temps pour savoir. En effet, nous dit Jacques-Alain Miller, si l’on se place dans la perspective du sujet supposé savoir, et non dans celle qui réduit l’inconscient à la mémoire, il s’agit que la temporalité de l’inconscient se soutienne du désir de savoir et « tende vers un moment de conclure».
Du thème de ces Journées et du travail qui s’en est suivi, nous ne mesurerons l’effet de la marque qu’à partir du moment où nous courrons pour essayer de la connaître et de la circonscrire. De cette béance est né le désir d’en savoir et d’en dire un peu plus. Les signifiants qui nous ont agités durant presque neuf mois continuent de nous filer entre les doigts. Et c’est heureux… Alors, à vos marques !

Pénélope Fay et Alice Delarue, rédactrices en chef du journal des j 45

Fixtion

« Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. » Quand Roland Barthes cite François de La Rochefoucauld, ne sommes-nous pas enclins à y entendre…Jacques Lacan ? Au cœur de ce numéro se dévoilent les liens qui unissent intrinsèquement le couple, le langage et la fiction : scénarios, fantasmes, élucubrations, tragédies ou comédie, la rencontre est toujours d’abord une histoire qu’on se raconte, un récit qui tente de coincer dans les filets du signifiant un réel qui toujours échappe, et cela commence très tôt, dès cinq ans comme vous le découvrirez ici. Pourtant, si dans les mots d’amour, les mots sur l’amour, quelque chose semble enfin pouvoir s’écrire, le symbolique a également en partage avec le couple qu’il rate incessamment, et que l’effort de bien dire est à recommencer, toujours, pour le plus grand bonheur des lecteurs. Car si la fiction orne de ses atours littéraires l’impossible auquel chacun des êtres parlants que nous sommes est confronté dans la rencontre avec un autre, le goût des mots n’est-il pas aussi paradoxal et ambigu, voilant tout autant que levant le voile sur le trou dans la représentation auquel le couple confronte presque toujours également ? Ou la fiction, au-delà de tout principe de plaisir… : « Savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisément là où tu n’es pas – c’est le commencement de l’écriture. » Roland Barthes. Fragments d’un discours amoureux.
Virginie Leblanc.

Spécial Belgium, par Yves Depelsenaire et Philippe Hellebois

Si la visite d’un magasin Ikea est une épreuve redoutable pour tout couple qui se respecte – cf. le récent texte de Valentine Delchambre –, que dire alors du montage d’un meuble en kit au retour de cette expédition ? Quel couple y survivra, surtout s’il s’agit d’un lit ? On est d’autant plus surpris d’apprendre que, selon les résultats d’une autre enquête statistique, près de deux enfants européens sur trois auraient été conçus dans un lit Ikea !

Ces considerations pour introduire au délicieux duo de Juan d’Oultremont et Isabelle Wéry, par lequel s’ouvre ce dossier Spécial Belgium.

On y rencontrera trois écrivains – Hedwige Jeanmart, Jean-Luc Outers, Tom Lannoye – et un cinéaste – Lucas Belvaux. Le film de ce dernier, Pas son genre, est un conte cruel : le malentendu entre les sexes n’est jamais plus frappant que là où la rencontre manquée était la bonne.

On verra que Jean-Luc Outers traite le ratage avec plus de légèreté mais pas moins d’acuité, tout en ménageant un espace au miracle de la connivence, dont il nous rappelle l’étymologie : le clin d’oeil.

Quant à Hedwige Jeanmart, elle nous emmène, avec son magnifique premier roman, sur les traces de Roberto Bolano et Juan Marsé, à Blanes, où Eva, son héroïne, se retrouve seule après l’énigmatique disparition de son compagnon. Histoire d’un deuil certes, mais quel deuil au juste pour cette espèce de détective sauvage ?

À partir de son roman Troisièmes noces, Tom Lanoye nous parle du couple jusqu’en ses confins improbables mais réels, au-delà de l’amour et du désir.

Notre dossier se fermera sur une note d’humour avec une courte video de Miller Lévy, que nous présente François de Coninck, critique d’art mais aussi artiste lui-même.

Pas mon genre

Puis-je aimer une femme si différente de moi ? Comment ai-je pu tomber amoureux malgré tout ? Ces deux questions posées par Lucas Belvaux en évoquant le héros proustien de son film Pas son genre, sauraient-elles faire vaciller la théorie narcissique du lien au partenaire à la veille des J45 ? On reconnaît bien dans ce malgré combien la liaison inconsciente qui nous noue à nos objets libidinaux, fait peu de cas de ces traits pourtant érigés fièrement par le moi comme conditions sine qua non pour faire couple.

Ce n’est pas autre chose que nous apprend l’expérience analytique : ce malgré tout – je reste, je n’arrive pas à m’en passer, je le veux, est le cœur même de ce qui pour chacun, sur les terres d’Eros, fait connexion, branchement, couple. Le constat de Lacan selon lequel les couples ne se défont jamais à cause des défauts objectifs des partenaires, ne fait que démontrer que ce qui relie le couple se joue ailleurs.

Le scène du couple est toujours une Autre scène et le sujet ne connaîtra sa véritable façon de l’habiter, pas plus que son script, qu’à condition de cerner les ficelles de ce nœud de jouissance que recèle ce malgré tout. Tu n’es peut-être pas tout-à-fait mon genre du point de vue de l’Idéal d’où je te regarde et pourtant tu es ce que mon fantasme a de plus chéri et vice-versa. Maintenir la distance entre ces deux termes, grand I et petit a, définit aussi la façon dont le désir de l’analyste peut garantir un repérage au sujet sur sa modalité inconsciente de faire couple.

Camilo Ramirez

J’ai appris à l’aimer, par Caroline Doucet

Cap sur la région Val-de-Loire Bretagne ! Tels Uderzo et Goscinny, dirigeons notre loupe sur ce peuple d’irréductibles.

Qu’en est-il du faire-couple « à la mode, à la mode…, à la mode de chez nous ? » Que découvre-t-on en ces territoires dont le duché de Bretagne avait en son temps dessiné les contours désormais rassemblées du Pont de Nantes à la cité Malouine, des plaines de Touraine aux ports du Finistère, par un destin psychanalytique ? Que dit-on du faire couple à Angers, capitale historique et place forte de l’Anjou et à Rennes où il fait bon jeter ses amarres ?

En ces lieux existe un échantillonnage propre à démontrer que chacun a sa chacune, que d’ailleurs ce n’est pas toujours celui ou celle que l’on croit, mais bien au-delà encore, que ce qui reste de ce qu’on appelle le rapport sexuel est « un rapport intersinthomatique », comme l’indiquait Lacan dans sa clôture du congrès de l’École Freudienne de Paris en 1978. Faire couple tient au corps.

Entre contingence et nécessité, routine et invention, se dessinent les discours, fables, romances, et créations, visant à assortir deux corps hétérogènes que la pulsion conjoint. Faire tenir ensemble, suppose un troisième terme, une création, un bricolage commun, et en la matière, le parlêtre ne manque pas de ressort.

La région Val de Loire Bretagne vous propose donc sa collection faire couple 2015 !

Alors dansons maintenant et régalons-nous de ces pépites… de chocolat !

Changement de régime !

Le temps file vers les Journées et la focale de notre exploration toujours plus se resserre : à partir d’aujourd’hui, le Comité scientifique lève le voile sur Bibliocouples, et nous plonge vers les nœuds pas toujours doux des duos ici exposés.

« – Tu m’aimes ?

– Oui, beaucoup, mais je ne te supporte pas, vraiment pas, je ne peux pas te souffrir, mais je ne peux pas vivre sans toi. »

Avec Lars Noren et ses Démons, c’est Stendhal, Jean-Philippe Toussaint, ou encore Victor Hugo qui triturent les mots, exagèrent le trait et décortiquent le sentiment pour mettre au jour que l’amour toujours ne suffit pas, qu’au-delà des beaux mouvements du coeur des attaches plus obscures nous retiennent parfois à un autre avec qui l’on peut passer sa vie à faire l’amour pour la dernière fois. Alors, prêts ? Plongez ! Freud, Lacan et quelques autres vous tiennent la main.

Virginie Leblanc.

Marseille, par Hervé Castanet

 

Pas un jour sans que les clichés ne soient repris, amplifiés, avec leurs cortèges d’images et de reportages : Marseille et ses bandes organisées, Marseille et la drogue, Marseille et son clientélisme politique, Marseille et l’OM – et les morts, et les scandales sous le soleil au bord de la mer. Marseille ville pauvre et cosmopolite avec le FN triomphant qui dépasse tous les autres partis. Marseille accueillante et raciste. Marseille avec ses ports industriels et ses calanques. Marseille sale et ses quartiers chics. Les clichés, jusqu’à plus soif, alimentent les télés et les radios.

Il y a une autre Marseille – mais jamais sans la première. Les musées que l’on ouvre, les expositions d’art contemporain, les festivals, les théâtres nombreux, les écrivains et artistes qui y vivent (mais Marseille les ignore), etc.

Et la psychanalyse ? Présente, active. Rebelle ? Plutôt décidée ! Cultivée ? Plutôt radicale. Avec le goût des concepts ? Plutôt le concept comme arme. Arme ? Contre la bêtise, le tiède, l’ennuyeux. Bourgeoise ? Non, pas bourgeoise. Plutôt une référence médiévale : chevaliers-soldats. Vraiment ? On s’y essaye.

Et le Blog « Spécial Marseille », que dit-il de la ville, de la région ? Rien ! Vraiment ? Oui ! Il dit au moins ce qui se fait à Marseille ? Très partiellement. Oui, Julien Blaine et Florence Pazzottu, Marc Mercier, Frédéric Valabrègue, Christian Sebille, Franck Dimech vivent à Marseille. Mais leurs noms sont bien plus connus ailleurs. Voyez les catalogues du Seuil ou de P.O.L, ou les activités des Instants Vidéo, ou le programme du Centre National de Création Musicale, ou le théâtre à Taïwan ou…

Vous aimez cela : qu’ils soient HLM (Hors Les Murs) ? Oui, leurs noms circulent ailleurs – et parfois sur place mais on ne sait pas bien, pour eux, pourquoi Marseille.

Et les autres invités de ce blog sont d’ailleurs. Certains sont passés à Marseille à l’occasion : Véronique Olmi, Jorge León. D’autres pas et nous sommes allés les voir là où ils étaient.

Avec toujours la même question même si, jamais, elle n’est dite ainsi : comment chaque artiste fait-il S.K.beau du réel qu’il rencontre ? Idem pour l’écrivain et le poète ou le spécialiste de Descartes ou de Barbey, ou de Camille Claudel…

Les « Marseillais(es) » se sont amusés alors lors de ces entretiens pour le Blog ? Vous ne pouvez pas savoir : avec une boussole robuste réduite à une question : et ton S.K.beau à toi ?, les voilà avec pour champ d’action la ville contradictoire (et s’il fallait comparer Marseille, choisissons Diane chasseresse, si belle et si inhumaine) et ce qui lui est bien extérieur voire lointain. Oui, HLM !

La couple et l’Orient

 

C’est dans le contexte d’un Orient sous tension que notre enquête se poursuit ce lundi. Sous la pression de la revendication contemporaine égalitaire (voir la video d’Abdel Taia), associative, démocratique, les modes d’union traditionnels volent en éclat pour laisser place à de nouvelles formes d’union légales ou pas. Les boussoles de l’orthodoxie s’affolent.
Lacan avait anticipé ces bouleversements sans précédent en les éclairant d’une formule percutante: il n’y a pas de rapport sexuel. Les rapports entre les sexes reposent pour une grande part sur le pouvoir du symbole, une vaste architecture de semblants. Cette vérité éclate au grand jour, n’en déplaise à ceux qui la refusent. Dans ce grand chambardement, ce sont les femmes qui, à l’heure de la mondialisation, font trembler les forcenés de la réaction en raison de leur puissance alternative, comme Malek Chebel ne manque pas de le faire remarquer. Pas seulement parce qu’elles sont capables de gouverner – on le sait depuis belle lurette ! –, mais parce qu’elles incarnent structuralement la différence du mode de jouir insupportable aux forces obscurantistes. L’Autre qui arrangeait les mariages selon les semblants de la tradition (lire la contribution de F. Taouzari-Liget), depuis toujours selon les canons masculins, paternels, ne parvient pas à faire entrer à toute force les femmes dans le régime oedipien. D’où la haine et la dévalorisation des femmes de la part de ceux qui regardent en arrière.
Alors, faisons entendre une autre voix, celle qui s’inspire de la psychanalyse lacanienne. Et demandons-nous quel est le véritable fondement des liaisons entre parlêtres. « Il n’y a aucune raison pour que, une-femme-entre-autres, un homme la tienne pour sa femme » (J. Lacan).

Christiane Alberti

Quand le couple s’institue

On connaît l’institution du mariage, mais aussi les différents contrats qui unissent deux êtres au regard de la loi. Chaque jour s’observe d’ailleurs l’assouplissement tout autant que l’élargissement au milieu de la tempête de ces liens qui symboliquement inscrivent le duo sous le regard de l’Autre social. On pourrait même insister sur ce qui se révèle de ces nœuds au moment où ils se rompent et que se délite ce qui tenait ensemble deux sujets.
Mais il y a plus encore, et c’est ce que notre blog a choisi d’explorer cette semaine. Car même lorsque l’ordre paternel continue d’exercer son joug sur les sujets en quête d’une moitié, comme vous l’apprendrez de notre florilège de regards sur la Chine, toujours la rencontre échappe.
​C’est le cas également dans ces lieux que la vie nous amène parfois à fréquenter, ces dites « institutions » auxquelles une rencontre contingente peut nous lier : si règles de vie et conventions permettent bien souvent de border la jouissance, de l’humaniser ou la tempérer pour garantir des liens plus apaisés, il reste que le noyau singulier du deux ne rentre dans aucune forme pré-établie. Il déborde les attentes, détonne lorsqu’on a l’idée que le couple constitué – entre deux amis, deux amants, avec l’institution même ! n’est pas une bonne chose pour chacun des sujets qui le compose. C’est la force de ces liaisons inconscientes : tentez toujours de le cadrer, c’est le couple lui seul qui peut s’instituer.

Virginie Leblanc

FAIR

Avez vous regardé le logo FAIR-e couple ? Il suggère délicatement que faire couple assonne avec la foire, la fête (fair) et aussi bien implique un travail (faire). Deux sillons à creuser.
Prenons au sérieux le sens freudien de travail pour l’appliquer ici. Travail du rêve, travail du deuil….Même si le partenaire manquant revenait, il ne comblerait jamais assez le manque à être, il ne viendrait pas à bout de la douleur d‘exister. N’est ce pas cela le travail du couple ? Cette ascèse qui consiste à se faire à ce just so : juste satisfaisant.
Le couple s’avère être aussi une farce, une fête y compris dans la douleur, la dispute, il célèbre toujours les noces de la jouissance, du désir et de l’amour. Ce que vont faire toujours davantage jusqu’au Jour J les différents journaux et suppléments, ainsi que Lacan TV, c’est continuer à creuser ce sillon, le reste de solitude inextinguible à travers l’autre, mais qui comporte l’esprit de joie de la foire, et même les débordements de la joy/jouissance !
De nouvelles aventures s’annoncent : un supplément au journal des journées « Epris d’eux » qui nous dira pourquoi certains couples nous ont tant marqués, des articles de plus en plus psychanalytiques, des perles de Bibliocouple et enfin, plus de vidéos avec le tout dernier média lacanien, tout juste créé : LACAN-TV qui fera couple avec le blog des Journées, chaque lundi matin !

Christiane Alberti