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Bardot-Vadim par Catherine Lazarus-Matet

Auteur : 25/05/2015 0 comments 1648 vues

Vadim disait qu’il ferait de Bardot le rêve impossible de tous les hommes mariés. Ce fut probablement le cas pour lui-même. Le couple fit scandale : elle, pour sa liberté, sa beauté sensuelle, et lui pour ses films. Vadim raconte dans ses Mémoires (Mémoires du diable) que le président de la Commission de contrôle cinématographique se leva à la fin de la projection de Et Dieu créa la femme et dit : « C’est le diable ! ». Mais avec ce couple, une morale allait naître, où la nudité serait naturelle, sans culpabilité, et la sexualité ne serait plus un péché.

Leurs biographies permettent de débusquer tout autre chose que leur image sulfureuse dans ce qui les animait l’un et l’autre. BB-Vadim : la rencontre entre un petit animal et une mère ! Et l’on sait que BB ne fut pas une mère.

Que BB se soit consacrée à la cause animale contre la cruauté des hommes, voilà qui trouve sa raison dans la permanence de l’animal en elle, proie des hommes. Ses écrits sont plats, anecdotiques, et aigris. Cette platitude a à voir avec ce qu’elle est. Elle est ce qu’elle est, comme elle le dit elle-même. Peu de semblants, une fille nature, sans mystère. Elle a cependant connu son lot de souffrance et est entrée dans la religion des animaux. Ce sont ses mots. Elle se plaindra, au long de sa carrière, d’être prise pour un objet ou un petit animal que l’on maltraite. Son lexique, sa lalangue, sont truffés de signifiants qui tracent une ligne depuis l’enfance : avoir été élevée à la cravache, sauver les animaux dès qu’elle le peut, rêver d’avoir une ferme, etc. Plus tard, elle dira qu’elle aurait préféré accoucher d’un chien plutôt que de son fils… L’animosité suscitée par l’animal sexuel tapageur qu’elle fut pour le public toucha quelques écrivains qui la défendirent, ainsi Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, François Nourrissier.

Quant à Vadim, il aima BB quand elle était encore une enfant. Il dira que c’était sa femme, un peu sa fille, au corps de garçon passé au crible de la Vénus de Milo. Lui-même, longtemps effarouché par les filles, rêvera d’un amour impossible avec une jeune fille morte, trace indélébile d’un souvenir où il vit une petite fille morte dans la rue, le ventre nu. Il la nommera Sophie et l’aimera jusqu’à l’âge adulte. Adepte passionné du coup de foudre, il en dit les délices, et il est possible d’y saisir une accroche fétichiste, celle de la promesse féminine d’un corps androgyne. Il fut quitté par nombre de ses femmes, et décrit l’amour qui succède à l’intensité du désir comme le temps où c’est solitude contre solitude.

Par deux fois dans ses Mémoires, il évoque le fait que ses enfants l’appelaient indifféremment papa ou maman. C’est ce qu’il écrit de ses séparations qui permet de saisir sa position d’homme-mère. Après Bardot, il eut des enfants avec quatre de ses six femmes, dont Annette Stroyberg et Jane Fonda. Il accepta de se séparer de la première s’il obtenait la garde de leur fille. Il renoncera à épouser Catherine Deneuve quand Stroyberg le menacera de reprendre l’enfant s’il se remariait. Avec Jane Fonda, il s’étonnera du tour que prendra leur mariage : elle, partant en guerre comme ardente militante contre la guerre au Vietnam, et lui s’occupant des enfants à la maison.

Solitude contre solitude, disait Vadim de l’amour. Le temps du coup de foudre BB-Vadim, de leur lien, et de leur œuvre commune, permet d’attraper les fils qui noueront au cours de leurs vies le sinthome de chacun.

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