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B.B King et sa guitare, Lucille, par David Sellem

Auteur : 08/11/2015 0 comments 826 vues

Il y a un rapport charnel dans ce qui lie le musicien à son instrument. Quelque chose qui l’engage au-delà de sa création, et qui laisse une empreinte indélébile dans la musique qu’il offre et partage avec les auditeurs. Ce lien, singulier entre tous, est toujours le produit d’une rencontre, un de ces hasards de la vie qui, d’un bon heurt, peuvent produire quelque chose d’unique, quelque chose de vivant et incarné.

C’est dans un dance hall en 1949 que se sont rencontrés Lucille et Riley alors que ce dernier y donnait un concert. Ils ne se sont alors plus quittés, jusqu’au 25 mai dernier, date à laquelle Riley est décédé à l’âge de 89 ans. Avant sa rencontre avec la belle Lucille, il jouait de la guitare et chantait du blues, mais l’entrée de Lucille dans sa vie aura été décisive, et c’est avec elle qu’il connaîtra un succès mondial jusqu’à son dernier souffle, la laissant depuis seule et muette. Tous deux ont voyagé plusieurs décennies à travers le monde pour distiller un blues chaud, claquant, et émouvant. Riley c’est B.B. King, et Lucille sa légendaire guitare.

Ce duo mythique est né comme toute rencontre d’une mise en jeu du corps. Cette dernière ne peut se produire qu’à la condition d’un réel qui précipite un sujet dans la surprise, et en l’occasion au plus près de l’acte. Celui de B.B. King ne fût pas seulement de courir sauver sa guitare des flammes d’un incendie provoqué par deux hommes se bagarrant à propos d’une femme. Ce fût également de baptiser sa guitare du prénom de la femme cause de la rivalité, Lucille. L’anecdote ne dit pas ce qu’il est advenu de la dite Lucille qui s’est vue emprunter son patronyme pour une guitare.

Pour autant, pas tout les musiciens nomment leur instrument ? Il y faut donc autre chose, cet acte de nomination, ici comme un pied de nez à l’infortune, et un signifiant qui reste et insiste, vestige de l’échappée belle face à la mort, sociale ou réelle de Riley Ben King. Cette nomination est aussi la marque après-coup de l’au-delà de la mise en jeu du corps, ce signifiant vient entériner un acte devant un réel. Évidemment, cette mise en jeu du corps était déjà présente, comme elle l’est toujours dans le rapport à un instrument, ce corps-à-corps à partir duquel opère l’alchimie de la musique et du talent. Mais concernant ce duo, peut-être pouvons-nous poser l’hypothèse que Lucille est une marque singulière, la trace d’un réel pour un corps-à-corps qui n’aura cessé qu’avec la disparition du roi du blues. Lucille était pour B.B. King un nom, le nom d’un « oui » à la vie, pas sans sa guitare.

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