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Alma et Oskar, une passion incandescente, par Dalila Arpin

Auteur : 08/11/2015 0 comments 1015 vues

La jeune Alma Schindler ne passe pas inaperçue dans les salons mondains. « Elle est d’une beauté frappante »[1]. A 23 ans, elle épouse Gustav Mahler, 43 ans, Directeur de l’Opéra de Vienne et déjà célèbre. Mais, empêchée de composer de la musique et enfermée par un mari tyrannique qui s’isole pour créer, Alma cherche des amants de passage. Ayant trouvé un père de substitution chez Gustav, une fois veuve, à 32 ans, c’est un homme plus jeune qu’elle rencontre : le peintre Oskar Kokoshka. Elle est riche, il est pauvre. « La passion la plus exaltée les unit »[2]. Mais Alma a à nouveau trouvé un geôlier : la jalousie d’Oskar l’emprisonne et les propositions de mariage et d’enfant la rebutent, malgré l’attraction qu’elle éprouve pour ce peintre de génie, sauvage et subtil. Être aimée par cet homme à la folie l’enchante : « il m’a peinte [La Fiancée du vent] étendue contre lui, confiante au sein de l’ouragan et des vagues furieuses, tandis que lui, le visage empreint d’une expression tyrannique, rayonnant d’énergie, apaise les flots démontés… C’est mon plus beau portrait »[3]. L’amour est toujours narcissique, sait-on depuis Freud. C’est donc bien un tyran qu’elle cherche auprès des hommes : un maître mais qu’elle rendra impuissant.

L’orage se déchaîne à l’arrivée du masque mortuaire de Gustav dans la maison qu’Oskar aménage pour son aimée. Après des violentes querelles, Alma entre en clinique pour avorter de son amant. Et cela, pour la deuxième fois. Pourtant, Oskar est prêt à tout pour ne pas perdre cette femme rêvée. Mais Alma retrouve un ancien amour, l’architecte Walter Gropius. Ils se marient six mois après et ont une petite fille l’année suivante. C’est la grande beauté et l’élégance de Walter qui l’attirent et pour un temps, elle reste fidèle. Mais le désir d’Alma la pousse à tromper son nouveau mari avec un poète…

Pour sa part, inconsolable, Oskar fait confectionner une poupée grandeur nature, à l’image et ressemblance d’Alma. Il l’installe chez lui, l’assoit à table quand il reçoit et l’amène partout. Mais au cours d’une soirée très arrosée, la poupée est décapitée et, si Oskar se libère de son obsession, son amour reste inentamé. Alors qu’Alma a 70 ans, il lui écrit : « depuis le Moyen Age, aucun couple n’a respiré l’un par l’autre avec autant de passion… aucun n’a connu l’excitation de jouer avec la vie, de jouir de la mort elle-même, de sourire à la balle dans ton crâne, au couteau dans tes poumons. Pas un, excepté ton amant que tu as initié à ces mystères »[4].

Dans Oskar, Alma semble avoir trouvé un homme qui l’a amenée au-delà d’elle-même mais, effrayée par cette jouissance sans limites, elle chercha l’assurance dans le semblant du mariage. Chez Alma, c’est La Femme, l’unique, qu’Oskar rencontre : « plus l’homme peut prêter à la femme confusion avec Dieu, c’est-à-dire, ce dont elle jouit, moins il hait (car Dieu ne connaît pas la haine) moins il est et, puisqu’après tout il n’y a pas d’amour sans haine, moins il aime »[5]. Autrement dit, lorsqu’un homme donne à sa partenaire la place d’une divinité, son amour pour elle se délite. Elle devient une présence désincarnée et par conséquent, moins aimée qu’idéalisée.

[1] Bertin,C., La Femme à Vienne au temps de Freud, Paris, Editions Taillandier, 2009, p. 193.

[2] Ibid., p. 204.

[3] Ibid., p. 205.

[4] Ibid., p. 209-210.

[5] Cf. Lacan J., Le séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975.

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