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Alléluia, le fol amour d’un couple, par Damien Botté

Auteur : 08/11/2015 0 comments 724 vues

Alléluia[i], film dont l’ambiance glauque et les images violentes est à déconseiller aux âmes sensibles (interdit en salle aux moins de 16 ans), présente un scénario librement inspiré par l’histoire vraie de Martha Beck et Raymond Fernandez, un couple meurtrier. Mais comme le souligne le réalisateur, « moi je m’inscris dans cette phrase de Clouzot qui dit que le cinéma doit être à la fois un spectacle et une agression »[ii]. Oui, car si l’art peut nous dévoiler quelques bouts de réel, il faut accepter de s’y cogner, de s’y confronter et donc d’être bousculé.

Michel, initié au sexe par sa propre mère pendant l’adolescence pour pallier à l’absence d’amants, découvre qu’il possède le don de donner beaucoup de plaisir aux femmes et use de ses charmes en tant que gigolo afin de les escroquer. Gloria, veuve élevant seule sa fille, se perd dans la solitude et la dépression, jusqu’au jour où elle rencontre Michel. Nous assistons alors à la danse macabre et sexuelle d’un couple dévoré par la passion qui les amènera au pire par l’horreur de l’amour infini.

Les textes, notamment ceux de l’actrice Lola Duenas qui joue Gloria sont forts et enseignants sur ce que peut dévoiler ou faire naître la passion amoureuse dans un couple :

Gloria ― « Je veux rester avec toi, tu continueras à faire ce que tu fais et moi je t’assisterai. Être avec toi, vivre pour toi […]. Sois à moi Michel. »

Gloria est prête à tout, même à abandonner sa propre fille, pour vivre cette passion destructrice qui l’amènera, pour rejoindre son amant, à la folie.

Alors que Nymphomaniac (2013) de Lars von Trier est un film sur la recherche de la jouissance féminine dans sa solitude la plus extrême, Alléluia se conçoit dans ce que peut être l’amour fou dans un couple. À deux donc. Ou à deux solitudes qui se font face.

  1. Du Welz, comme L. von Trier[iii], est intéressé par ces femmes prêtes à tout pour l’autre quitte à se perdre : « si mon appétence va plus vers les personnages de femmes, qui plus est torturées, c’est parce que j’ai l’impression de partir en expérimentation vers ce sexe inconnu, insondable et infini »[iv]. Si Lacan pouvait dire que « seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir »[v], il s’avère que l’amour fou engage une jouissance débridée et illimitée amenant chacun des protagonistes du couple vers le pire, c’est-à-dire sur le versant de la déchéance de la position subjective.

[i] Long-métrage dramatique franco-belge de Fabrice Du Welz, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2014, Méliès d’or 2014, sorti en salle le 26/11/14 et en DVD le 06/05/15.

[ii]  « Alléluia, entretien avec son réalisateur Fabrice Du Welz », disponible sur http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/alleluia-entretien-avec-son-realisateur-fabrice-du-welz-206030

[iii]

            [iii] Voir à ce sujet ces derniers films, notamment Antichrist (2009) et Melancolia (2011), mais aussi Breaking the waves (1996) et Dancer in the dark (2000).

[iv]

            [iv] « Alléluia, entretien avec son réalisateur Fabrice Du Welz », op. cit.

[v]

            [v] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 209.

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