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Alexis Tsipras et la Dame de fer, par Alice Delarue

Auteur : 05/07/2015 0 comments 839 vues

Depuis plusieurs mois, son nom est sur toutes les lèvres. Mais, de l’histoire personnelle d’Alexis Tsipras, on ne connaissait que très peu de choses – l’homme ne se livre jamais à la presse – jusqu’à ce qu’une confidence de taille fuite dans Le Canard enchaîné en juin dernier : « Alexis Tsipras m’a informé, raconte François Hollande, que s’il cédait trop aux exigences de la troïka, il risquerait de perdre non seulement son parti mais aussi sa compagne, qui est une farouche militante et bien plus à gauche que lui ».

Et voilà la très discrète Peristera Baziana, dite Betty, propulsée sur le devant de la scène politique internationale. Elle devient soudain « celle qui tient entre ses mains l’avenir de l’Europe », « La dame de fer de Tspiras », ou encore « red Betty »[i]. Le nerf secret de l’action politique de l’ex – et sans doute prochain – Premier ministre grec résiderait donc-t-il dans le couple qu’il forme avec cette femme depuis bientôt trente ans ?

Leur rencontre, alors qu’ils étaient au lycée, fut en tout cas déterminante. Alexis était jusque-là, de l’avis de son entourage, un élève sage, poli, bien élevé, plus intéressé semble-t-il par la mise en jeu de son corps que par les choses de l’esprit. Outre sa passion pour le football et sa pratique du volley, il chantait dans un groupe de rock et cultivait une certaine ressemblance avec Elvis Presley. Dans un entretien à la revue Politique internationale, Alexis Tsipras nie l’existence d’un événement particulier qui l’aurait propulsé dans l’action politique : « c’était plutôt une tendance naturelle, une inclination ». Mais une contigence semble cependant constituer un tournant : c’est lorsqu’il se blesse au genou et ne peut plus pratiquer de sport qu’il commence à se rendre aux réunions des Jeunesses du Parti communiste grec, le KKE. Nikos Voutsis, l’un de ses amis de longue date et aujourd’hui ministre de l’intérieur, explique qu’Alexis a juste « suivi des copains ». Mais beaucoup s’accordent à dire que c’est Betty, avec laquelle il était déjà en couple, qui l’a entraîné dans les meetings. Car, si Alexis a été élevé dans une famille de la classe moyenne, où le père, ingénieur, vote socialiste – « donc pas à gauche », précise Tspiras[ii] –, Betty a pour sa part grandi dans un milieu agricole très politisé et milite déjà dans un syndicat de lycéens et au sein du KKE.

Le couple s’illustrera, dès 1990, au cours d’une révolte lycéenne et étudiante qui fera plier le gouvernement de l’époque. Si Betty reste dans l’ombre, Alexis n’hésite pas à occuper le devant de la scène, devenant délégué de son lycée, puis président du Conseil de son établissement, et répondant à des interviews télévisées. Ils suivront ensuite le même cursus d’ingénieur, au cours duquel Betty intentera une action en justice contre son directeur de thèse qui l’avait accusée d’avoir volé des données – action dont elle ressortira victorieuse au bout de cinq années de procédure. Par la suite, elle exercera en tant qu’ingénieur, tandis que son compagnon ne quittera plus la politique. Mais, tandis que Betty reste ancrée dans ses convictions communistes, Alexis Tsipras décide à la fin des années 90 de s’engager au sein du parti Synaspismos, communiste mais pro-européen, parti qui rejoindra plus tard la coalition Syriza.

Alors, Alexis risque-t-il vraiment de perdre Betty maintenant qu’il a choisi d’expurger Syriza de sa frange la plus à gauche ? Dans l’une des seules interviews qu’elle a accordée à la presse, Betty disait d’Alexis : « Je pense qu’il ira jusqu’où il peut aller sans mettre de l’eau dans son vin. Pour la gauche, le pouvoir n’est que responsabilité. » Alexis confiait de son côté que son principal défaut était « de ne pas être aussi sévère qu’il le faudrait vis-à-vis de certaines personnes »[iii].

Parions cependant que leur couple résistera aux compromissions d’Alexis Tsipras, car il ne se fonde pas que de leurs orientations politiques. Malgré l’accession au pouvoir d’Alexis, ils ont résolument conservé leur style de vie – loin de celui de Sartre et Simone de Beauvoir qu’Alexis dit admirer –, continuant de partager les tâches ménagères et parentales dans leur modeste appartement au sein d’un quartier populaire d’Athènes. Betty à beau être radicale en tant que militante et avoir toujours refusé d’être la Première dame d’Alexis, elle est sans doute plus disposée au compromis en tant qu’elle est la femme qui partage sa vie. Après tout, elle n’était pas tombée amoureuse d’un militant communiste farouche, mais d’un jeune Elvis blessé !

[i] http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/greece/11683582/Greek-debt-crisis-why-we-should-all-fear-Red-Betty.html

[ii], Wajsman P., « L’homme qui veut sauver la Grèce », Entretien avec Alexis Tsipras, Politique internationale, 15 juillet 2015.

[iii] Ibid.

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